Surréalisme sur papier : l’œil à l’état sauvage
À l’occasion des 60 ans de la disparition d’André Breton et des 130 ans de sa naissance, l’Institut français de Serbie vous invite à découvrir « Surréalisme sur papier : L’Œil à l’état sauvage », une exposition exceptionnelle qui explore les multiples vies du surréalisme — au-delà du mouvement, des époques et des frontières.
Apparu dans les années 1920 dans le sillage de la Première Guerre mondiale, le surréalisme s’inscrit dans un mouvement de rupture et d’expérimentation, avant de connaître de nombreux prolongements après9 1945. L’exposition Surréalisme sur papier : l’œil à l’état sauvage explore ces développements autour d’André Breton, en envisageant le surréalisme non comme un ensemble clos, mais comme un champ d’expérimentations et de circulations visuelles, littéraires et plastiques tout au long du XXe siècle.
À travers ses dessins, collages, gravures, encres, manuscrits et photographies, l’exposition met en lumière la richesse des pratiques sur ce support au sein du surréalisme. Celui-ci apparaît comme un espace privilégié de l’écriture et du dessin automatique où se déploient les forces de l’inconscient, du rêve et de l’imaginaire.
À partir des figures fondatrices du surréalisme historique, le parcours éclaire les recherches liées à l’inconscient, au rêve et à la puissance de l’image onirique. Il réunit des artistes ayant participé, de manière directe ou ponctuelle, aux réseaux du groupe entre les deux guerres mondiales, puis dans l’après-guerre, dans un moment de recomposition du surréalisme autour d’André Breton à Paris.
Le parcours s’élargit ensuite aux pratiques périphériques et aux affinités esthétiques, là où le surréalisme devient moins une appartenance qu’une référence partagée : exploration du rêve, métamorphoses du corps, hybridations des formes et constructions symboliques de l’imaginaire. L’exposition met également en évidence l’évolution de l’automatisme surréaliste vers l’informel et l’abstraction lyrique, à travers des œuvres sur papier où le geste, la matière et la dissolution des formes trouvent un terrain d’expérimentation particulièrement libre.
Ainsi, l’exposition s’articule autour des figures majeures du surréalisme telles qu’André Masson, Max Ernst, Salvador Dalí, Roberto Matta, Hans Bellmer, Wols, Jacques Baron ou Léonor Fini. Elle explore également les prolongements du mouvement après la Seconde Guerre mondiale avec Jaroslav Serpan, Marianne Ivsic, Raoul Ubac, Henri Michaux, Radoje Vukadinović, Émile Malespine ou Seigle.
Le parcours permet également de découvrir des artistes proches du surréalisme qui en prolongent les enjeux, comme Henri Comby, Pierre de Maria, Dominique d’Acher ou Karel Machálek, ainsi que des artistes ayant évolué du surréalisme vers l’informel et l’abstraction lyrique, parmi lesquels Claude Viseux, Dragojla Vukadinović, Christine Boumeester et Henri Goetz.
Entre adhésion, proximité et héritage, l’exposition propose ainsi une lecture élargie du surréalisme comme matrice durable de l’imaginaire moderne.
LES ARTISTES DE L’EXPOSITION
SURREALISME HISTORIQUE
(membres et proches du groupe d’André Breton)
André MASSON (1896–1987)
Figure majeure du surréalisme, André Masson participe très tôt aux activités du groupe autour d’André Breton et contribue au développement de l’écriture et du dessin automatique. Son œuvre explore des univers organiques, mythologiques et végétaux, où la matière et le geste jouent un rôle central. Après sa rupture avec le groupe, il poursuit une recherche entre figuration et abstraction marquée par l’inconscient.
Roberto MATTA (1911–2002)
Figure majeure du surréalisme international, Roberto Matta rejoint le groupe d’André Breton à la fin des années 1930 et participe aux grandes expositions du mouvement, notamment celles de 1938 et 1947. Son œuvre développe un univers d’espaces mentaux et cosmiques, où formes en mutation et structures organiques traduisent l’exploration de l’inconscient.
Jacques BARON (1905–1986)
Poète dadaïste puis surréaliste, Jacques Baron rencontre André Breton et Louis Aragon lors d’une visite Dada en 1921. Il publie ses premiers textes dans Littérature puis La Révolution surréaliste. Il est salué par ses pairs comme le « Rimbaud du surréalisme ». Membre du groupe surréaliste, il en est exclu en 1929 et poursuit ensuite un parcours littéraire et politique critique en marge du mouvement.
Salvador DALI (1904–1989)
Artiste majeur du surréalisme, Dalí participe aux grandes expositions du groupe dirigé par André Breton, dont celle de 1938 à Paris, avant de s’en éloigner à la fin des années 1930. Son œuvre développe un imaginaire onirique centré sur le rêve et l’inconscient.
Hans BELLMER (1902–1975)
Figure du surréalisme installé à Paris dès 1938, Hans Bellmer est célèbre pour ses poupées articulées aux corps fragmentés et énigmatiques. Il participe à l’exposition internationale du surréalisme EROS organisée par André Breton et Marcel Duchamp en 1959. Son œuvre explore le désir, le fantasme et les métamorphoses du corps.
Jacques HEROLD (1910–1987)
Artiste d’origine roumaine lié au surréalisme, Jacques Hérold développe une œuvre picturale et graphique peuplée de formes organiques et de figures énigmatiques. Installé à Paris, il participe aux expositions et aux cercles surréalistes autour d’André Breton après la Seconde Guerre mondiale.
Max ERNST (1891–1976)
Figure majeure du surréalisme, Max Ernst participe dès les années 1920 aux activités du groupe autour d’André Breton, après avoir été un acteur central du dadaïsme. Inventeur de techniques comme le frottage et le grattage, il développe un univers pictural et graphique peuplé d’images oniriques et de métamorphoses. Son œuvre est régulièrement présentée dans les grandes expositions internationales du surréalisme, notamment celles de 1938 et 1947.
Otto WOLS (1913–1951)
Artiste allemand proche du surréalisme, Otto Wols rejoint le groupe d’André Breton à la fin des années 1930 après son exil en France. Son œuvre évolue vers un langage pictural fondé sur des formes organiques, fragmentées et instables, qui anticipe les recherches de l’art informel européen d’après-guerre. Il est souvent rapproché de Jean Fautrier dans l’émergence de l’informel.
Émile MALESPINE (1892–1953)
Médecin, écrivain et artiste, Émile Malespine est une figure des avant-gardes lyonnaises et du mouvement du suridéalisme, qu’il contribue à théoriser dans les années 1920. Proche des recherches sur l’automatisme et l’exploration de l’inconscient, il développe une œuvre graphique expérimentale en lien avec les préoccupations du surréalisme naissant autour d’André Breton.
Stevan ŽIVADINOVIĆ (VANE BOR) (1908-1993)
Théoricien, poète et artiste, Stevan Živadinović connu sous le nom de Vane Bor est un représentant du surréalisme serbe. Il s’est fait connaître pour ses collages, photographies et textes théoriques comme avec son ouvrage avec Marko Ristic intitulé « L’anti-mur » qui a influencé de nombreux écrivains en Serbie : Aleksandar Vučo, Oskar Davičo, Rastko Petrović et d’autres.
SURREALISME D’APRES-GUERRE
(groupe élargi autour d’André Breton et des autres membres historiques en France : participation, proximité, réseaux, recompositions)
Jaroslav SERPAN (1922–1976)
Artiste d’origine tchèque installé en France, Jaroslav Serpan participe au groupe surréaliste de 1946 à 1948 autour d’André Breton. Il expose notamment lors de la grande manifestation Le Surréalisme en 1947 à la galerie Maeght à Paris. Cofondateur de la revue La Révolution la nuit, il s’éloigne ensuite du groupe et développe, sous l’influence d’Otto Wols et Michel Tapié, une œuvre rattachée à l’abstraction lyrique et à l’art informel.
Henri MICHAUX (1899–1984)
Poète et artiste majeur du XXe siècle, Henri Michaux développe une œuvre graphique et littéraire marquée par l’exploration des états intérieurs et des visions hallucinées. Proche des recherches surréalistes sans appartenir au groupe d’André Breton, il expérimente le dessin comme un langage de l’inconscient. Son travail est régulièrement présenté dans les grandes expositions internationales consacrées aux avant-gardes d’après-guerre.
SEIGLE (Henri, 1907–1995 et Nô, 1912–1998)
Artistes actifs dans les milieux du surréalisme d’après-guerre, le couple Seigle développe une pratique du dessin et de la peinture sous une même signature. Proches d’André Breton et de Victor Brauner, ils participent à plusieurs expositions et publications liées au mouvement, dont L’Almanach surréaliste du demi-siècle.
Marianne IVSIC (1928–2010)
Marianne Ivsic rejoint le groupe d’André Breton en 1950 et s’inscrit dans les réseaux du surréalisme d’après-guerre à Paris. Proche de Breton et de Benjamin Péret, elle développe une œuvre de collages associant images et textes poétiques, prolongeant les recherches surréalistes autour de l’écriture automatique et de l’association libre.
Radoje VUKADINOVIC (1928–2023)
Artiste et écrivain serbe installé à Paris depuis 1954, il développe une pratique du dessin et de la peinture à la croisée de l’écriture et de l’image. Proche de milieux littéraires et artistiques de Benjamin Péret et Pierre Seghers, son travail s’inscrit dans un contexte d’après-guerre marqué par les prolongements du surréalisme et les recherches sur l’automatisme et l’imaginaire.
Fred DEUX (1924–2015)
Fred Deux développe une œuvre de dessin et de gravure explorant l’inconscient et des visions intérieures proches de l’écriture automatique surréaliste. Son travail est rapproché des recherches surréalistes, notamment celles issues de publications comme La Révolution surréaliste ou des grandes expositions internationales du mouvement en 1938 et 1947.
Raoul UBAC (1910–1985)
Figure du surréalisme, Raoul Ubac participe aux activités du groupe autour d’André Breton à partir des années 1930. Son œuvre, d’abord marquée par la photographie expérimentale, s’oriente ensuite vers la peinture et la gravure. Il développe un univers de formes en mutation, entre matière, ombre et dissolution des figures, en lien avec les recherches surréalistes sur l’inconscient.
Stanley William HAYTER (1901–1988)
Graveur britannique majeur du XXe siècle, Stanley William Hayter fonde à Paris l’Atelier 17, lieu d’expérimentation central pour de nombreux artistes liés au surréalisme et à l’abstraction. Il développe des techniques innovantes de gravure en couleurs et de superposition des formes, influençant durablement la gravure contemporaine.
Eugenio Fernández Granell (1912-2001) est un peintre et écrivain espagnol qui a joué un rôle important dans la diffusion su surréalisme en Amérique latine. Il fait la connaissance de Wilfredo Lam et se lie d’amitié avec Benjamin Peret. En 1941, il rencontre André Breton et ils réalisent ensemble des cadavres exquis. Ils se rencontrent une seconde fois en 1946. En 1995, il crée la fondation Eugenio Granell à Saint-Jacques de Compostelle, entièrement consacrée au surréalisme.
DU SURREALISME A L’INFORMEL, L’ABSTRACTION, LE FANTASTIQUE EN FRANCE
Henri GOETZ (1909–1989)
Artiste proche du surréalisme, Henri Goetz développe une œuvre picturale et surtout graphique marquée par l’expérimentation technique. Il met au point dans les années 1950 la gravure au carborundum, qui permet des effets de matière et de profondeur inédits. Son travail, en lien avec les recherches surréalistes autour de l’image et de l’automatisme, explore des univers sensibles dans une abstraction suggestive.
Pierre DE MARIA (1896–1984)
Artiste franco-suisse proche des milieux surréalistes, Pierre de Maria rencontre Marcel Duchamp et Constantin Brancusi dans les années 1920 et fréquente le groupe surréaliste. Son œuvre développe un univers onirique et hybride, entre figures organiques et imaginaire critique de la modernité.
Dominique d’ACHER (1935–1991)
Dominique d’Acher a développé une œuvre de peinture et de dessin nourrie par un imaginaire onirique et symbolique. Ses compositions, traversées par des motifs organiques de passage et de transformation, s’inscrivent dans une sensibilité proche des prolongements du surréalisme et des courants du fantastique d’après-guerre.
Christine BOUMEESTER (1904–1971)
Artiste liée au mouvement surréaliste autour d’André Breton, Christine Boumeester évolue vers une peinture abstraite aux formes organiques, nourrie par l’automatisme et la recherche de l’invisible. Elle participe avec Henri Goetz à plusieurs expositions internationales du surréalisme.
Karel MACHALEK (né en 1937)
Artiste tchèque installé en France, Karel Machálek développe une œuvre de dessin et de peinture marquée par un imaginaire onirique et des formes hybrides. Son travail s’inscrit dans les courants du surréalisme tardif et du fantastique, explorant les transformations de la figure et les univers mentaux.
Henri COMBY (1928–2017)
Henri Comby développe une œuvre graphique et picturale centrée sur des figures hybrides et des structures mécanico-organiques. Ses compositions explorent un imaginaire du corps transformé, en résonance avec les prolongements du surréalisme et les recherches de l’après-guerre sur les métamorphoses de la forme.
Dragojla VUKADINOVIC (née en 1936)
Artiste installée à Paris depuis 1954, elle développe une œuvre passant du surréalisme à l’informel et l’abstraction. Arrivée à Paris avec l’écrivain et artiste Radoje Vukadinović, proche de milieux littéraires et artistiques en lien avec Benjamin Péret et Pierre Seghers, elle s’inscrit dans un contexte d’après-guerre traversé par les prolongements du surréalisme et de ses héritages. Entre micro-cosmos et macro-cosmos, son œuvre explore également les relations entre art et science.
Claude VISEUX (1927–2008)
Claude Viseux développe une œuvre entre peinture, dessin et sculpture, marquée par des formes organiques et expérimentales. Il participe à la première exposition de la galerie Daniel Cordier en 1956 et évolue dans un entourage proche de Max Ernst, Man Ray, Henri Michaux ou Francis Ponge. Son travail, qualifié de « protéiforme, onirique et fantastique », revendique une parenté avec le surréalisme, notamment dans la transformation des formes et la matière. Il a été professeur à l’Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris (ENSBA).
Info
Institut français de Serbie, Belgrade
Knez Mihailova 3110/6 – 10/7/2026.
Vernissage : mercredi 10 juin à 19h









